Chapitre 3 : Une nation en gestation

Première Alya ou montée vers Jérusalem

1857 | Par petits groupes, des Juifs arrivent de l’Europe centrale et s’établissent à Jérusalem. C’est la première vague d’immigration, appelé en hébreu alya, ce qui signifie: ascension vers Jérusalem. En douze ans, la population juive va atteindre 17’000 âmes. L’étude des livres sacrés des synagogues est intimement liée à ce retour aux sources de la foi. Voici ce que déclare l’Eternel: … Les champs en friche seront de nouveau cultivés, les passants ne verront plus de terres abandonnées.37 Ces prophéties connues par les jeunes immigrants, sont des paroles anciennes qui motivent leur foi et leur engagement. L’agriculture et la construction sont les activités principales. Il s’agit de se loger, de reconstruire les sanctuaires, de se nourrir et d’avoir des réserves pour les nouveaux arrivants.

Le très riche, lord Moses Haïm Montefiore finance la construction du premier quartier juif en dehors des murailles de la vieille ville, le quartier de Yemin Moshe.

L’engouement pour l’expérience au Proche Orient rencontre un écho très favorable chez les Juifs ayant souffert l’injustice et la méchanceté des populations parmi lesquelles ils vivent. L’attrait d’Eretz Israël (Terre d’Israël) croît dans toutes les communautés juives du monde. Le travail est pénible, les champs regorgent de cailloux qu’il faut ôter pour permettre le labour. La terre retournée est généreuse et les moissons abondantes. Près des points d’eau, les marécages sont infestés de moustiques vecteurs de malaria. D’importants travaux sont nécessaires pour capter l’or bleu, soit pour la consommation, soit pour l’irrigation des cultures.

1863 | L’imprimerie juive de Jérusalem diffuse régulièrement un courrier d’information. Reportage sur la situation en Judée, nouvelles sur les arrivants et le développement de la communauté. C’est un lien entre Juifs fort apprécié dans le monde entier.

1871 | La première école et institut agricole est ouvert par Charles Netter: Mikvé-Israël ou Espoir d’Israël. Les enfants reçoivent une instruction scolaire basique la journée. Les mêmes locaux sont utilisés le soir pour instruire les jeunes et les immigrants en agriculture et dans les métiers usuels. En fin de semaine, les salles permettent la célébration du sabbat.

Des groupes de jeunes achètent des terrains incultes à un sultan d’Alexandrie. Ils construisent des maisons, plantent des vignes et d’autres arbres fruitiers, qui poussent et donnent de merveilleuses récoltes. Les troupeaux prolifèrent. La cohabitation avec les quelques bergers nomades se passe bien.

L’écho du succès traverse les communautés juives européennes. Toujours plus de pionniers, jeunes et moins jeunes, tentent l’expérience de la Terre Promise.

1878 | Fondation au nord de Jaffa, de la première implantation agricole juive en Terre Promise: Petah Tikva ou Porte de l’Espérance. La société juive bien intégrée et respectée en Europe ne voit pas la nécessité d’aller se faire dévorer par les moustiques, de planter des patates, encore moins garder des troupeaux. Ses membres restent spectateurs de ce qui se déroule là-bas. Tout au plus, y participent-ils, par des collectes en faveur des olim, Juifs ayant réalisés leur alya.

L’hostilité grandissante à l’égard des Juifs en Russie les oblige à fuir vers l’Europe centrale. De nombreux jeunes courageux ne s’arrêtent pas avant d’être en Terre Promise.

La colonie juive en Canaan s’agrandit à chaque arrivée de bateau. Des couples se forment. Leur union célébrée, ils transmettent la vie, ce qui nécessite des écoles. Le besoin se fait sentir en architectes, en médecins, en infirmières, toutes professions primordiales. Sur place, il faut se débrouiller avec ce que l’on a. Chacun est sollicité jusqu’à ses dernières limites.

Cette société, comme toute communauté de vie, a besoin de lois, d’ordonnances, de tribunaux et de structures politiques. Certains y réfléchissent assidûment. Les Turcs sont maîtres de la Palestine et il s’agit de ne pas les froisser. L’achat des terrains plaît aux Ottomans, c’est un excellent fonds de commerce.

Une langue ressuscite

Quelle langue parler officiellement? Les uns parlent allemand, d’autres yiddish, roumain, polonais, français, anglais, russe et arabe. Instituteurs et politiques sont conscients qu’il faut trouver une solution, nécessité absolue pour s’entendre et se comprendre.

1881 | Un érudit, le chercheur et pédagogue Eliézer Ben Yéhouda (1858–1922), arrive à 23 ans à Jérusalem. Il met en place une académie de la langue hébraïque. Il rassemble tous les mots hébreux et araméens pour développer leur signification à la vie courante dans le Thesaurus. Il publie un journal en hébreu moderne, la Feuille de Jérusalem. Lui et son épouse ne parlent à leur fils qu’en hébreu nouveau. Il deviendra ainsi le premier citoyen à dire ses premiers mots dans cette langue redevenue vivante.

1882 | Fondation de la colonie agricole de Rishon Le Zion, Premier à Sion, par un groupe de 10 immigrants.

Les Juifs sont accusés de l’assassinat du Tsar Alexandre 1er, des pogromes très violents à leur encontre sapent toute espoir d’avenir. Ils seront des dizaines de milliers à partir vers la Terre promise.

1884 | Lors de pogromes particulièrement dévastateurs, le poète roumain Naftali Herz Imber écrit un chant, L’Espérance, qui va devenir l’hymne national israélien, Hatikva.

1890 | Devant la nécessité de former du personnel dans l’élevage et la culture, le premier centre d’étude agronomique est ouvert à Rehovot. On y apprend l’élevage, la connaissance maraîchère, l’arboriculture. Le centre développe aussi la recherche pour de nouvelles cultures, l’hydrologie et l’irrigation. La pluviométrie devient une science exacte très suivie. L’Institut de recherche agricole Ezer Weismann prendra rapidement une renommée mondiale.

1891 | Impression et diffusion du premier dictionnaire hébreu, le Thésaurus, travail remarquable d’Eliézer Ben Yéhouda. Ce qui définit une nation, c’est une langue commune, ses pratiques sociales et son organisation de vie, sa politique. Tout se met en place, au fur et à mesure des besoins.

L’affaire Dreyfuss

1895 | En France laïque, un officier juif est accusé de trahison. Les dessins de presse sont grossiers, c’est un Juif avide d’argent, il a le nez crochu, il est coupable. Après un simulacre de jugement, il est dégradé publiquement devant son unité et la population parisienne. Il est emprisonné et envoyé en exil dans le bagne de Guyane. Après divers rebondissements et quinze années de tergiversation, l’affaire est rejugée. Dreyfuss est blanchi et réhabilité.

La justice finit toujours par triompher, mais cette sombre affaire démontre l’antisémitisme de la société française au début du 20è siècle. Le judaïsme, voilà l’ennemi, avait proclamé un certain A. Willette, candidat aux élections législatives.

D’autres Français ont un cœur pour les pèlerins qui montent à Jérusalem. Inauguration de l’hôpital Saint Louis de Jérusalem. C’est la première structure de soins dans cette ville.

Théodore Herzl

1897 | A Bâle, Théodore Herzl convoque le premier congrès sioniste mondial. Il note dans son journal: Je viens de créer l’Etat juif! Dans cinq ans peut-être, dans cinquante sûrement, tout le monde le comprendra.

Dans un article paru dans Ecoute Israël de cette même année, sous la plume de Walther Rathenau, jeune politicien allemand, les Juifs sont mis en garde de ne pas trop sortir des rangs. Il écrit aussi: Dans sa jeunesse, tout Juif allemand vit un instant douloureux qu’il n’oubliera jamais, cet instant où il prend conscience d’être venu au monde en tant que citoyen de deuxième classe, ce qu’il sera toujours, quels que soient sa valeur et ses mérites.38

Le Fonds National Juif, Keren Kayemet Leisraël, KKL, achète les terrains disponibles en Canaan, les nouveaux arrivants sont dirigés vers les implantations qui ont besoin de main-d’œuvre.

Les travaux attribués aux immigrants ne correspondent généralement pas à leur formation initiale, mais tous participent avec un engagement de cœur à la réalisation du rêve juif, créer leur propre nation, qui devient lentement une réalité.

La plantation d’un arbre devient un acte symbolique de la reconstruction du pays des ancêtres, que chaque immigrant ou visiteur doit accomplir. C’est un moment très joyeux et intense, de relation avec la terre de ses ancêtres.

1901 | Le 29 décembre au Casino de Bâle, les participants au 5e Congrès sioniste ont décidé la création du Fonds National Juif. Outre l’achat de terrains en Judée-Samarie, les fondateurs ont la clairvoyance de la nécessité de reboiser les terres de Judée-Samarie: Nous nous devons de créer une société forestière nationale, qui se charge de planter les arbres dans le pays propose Théodore Herzl.

1902   Fondation de Share Zedek médical center, le long de la route de Jaffa, à 3 km de la vieille ville de Jérusalem. Les infrastructures nécessaires aux habitants se mettent en place. Une terre sans peuple pour un peuple sans terre est fréquemment répété lord du 6ème congrès juif. Les nombreux pogromes en Russie et Europe centrale incitent les jeunes à réaliser l’Alya.

1906 | La population totale de la ville de Jérusalem est estimée à 60’000 habitants dont 40’000 Juifs (66%) 7000 Musulmans (12%), et 13’000 Chrétiens.39

1908 | Une implantation qui s’est hasardée près des sources du Jourdain, tout au nord de la Galillée, est détruite, tous les pionniers tués. Tel Haï était trop éloigné de tout poste militaire pouvant lui apporter secours.

Dorénavant, les nouvelles implantations devront avoir une certaine envergure, être organisées dès le premier jour. Elles doivent posséder des armes pour se défendre dans l’attente de secours. Ces camps militaires à vocation agricole s’appellent des kibboutzim (kibboutz au singulier). Au fil des années, 270 kibboutzim seront implantés et ils seront la colonne vertébrale de l’économie du pays. 8% de la population y vivra et réalisera le 40% de l’économie nationale. Simultanément, ces immenses fermes sont des places fortes presque imprenables. Tout le monde sait manier une arme, femmes et jeunes filles comprises.

Fondation de Tel Aviv

1909 | L’ensemble des terrains au nord de Jaffa sont achetés à un sultan d’Alexandrie. Le prix du m2 est identique à celui d’un m2 de terrain à New York. C’est un immense territoire de dunes désertiques, qui est devenu propriété du Fonds National Juif. On achètera des champs dans ce pays dont vous dites que c’est un désert, sans hommes ni bêtes … On achètera des champs avec de l’argent, on y écrira des contrats! 40

Les ports de Haïfa et de Jaffa étant surchargés, il est nécessaire d’en créer un nouveau. Entre les dunes émerge une ville au doux nom de Collines du printemps ou Tel Aviv. Le nom même démontre l’optimisme des bâtisseurs de cette cité.

Kibboutz

Dans cette même année, 250 jeunes hommes et jeunes filles issus de divers pays vont réaliser leur rêve: ouvrir une communauté de vie. Loin des autres implantations, ils vont s’avancer jusqu’au bord du lac de Tibériade, là où le Jourdain reprend sa route vers le sud. Le kibboutz Degania est né.

Ils ne doivent pas lutter uniquement contre l’hostilité des brigands, mais surtout contre les moustiques qui leur causent énormément de soucis et de problèmes de santé.

1910 | La révolution industrielle touche le pays. La construction de voies de communications dans une terre rocheuse est pénible et lente. Défricher les champs à la main est ingrat. Il faut accélérer la construction d’habitations. Pour offrir aux jeunes d’autres voies professionnelles que l’agriculture, un centre spécialisé dans la formation technique sera réalisé dans le nord, à Haïfa.

L’essor économique exige une importante main d’œuvre. Les bras juifs ne suffisent pas, les ouvriers arabes sont les bienvenus.

1912 | A Haifa, le centre national de formation et de recherche technique le Technion est inauguré. Tous les jeunes du pays ayant une formation scolaire de base peuvent y étudier.

L’hébreu langue nationale

1914 | L’Europe entre en guerre. En Terre Sainte, c’est la guerre des langues qui débute. Aucune langue du vieux continent n’est plébiscitée. La jeune génération juive se veut indépendante. Son engouement pour l’hébreu, cette langue morte ressuscitée, est tel que les élèves des classes allemandes et françaises de Haïfa font grève. Les jeunes veulent être enseignés en hébreu et obtiennent satisfaction.

Lorsque les Ottomans (Turcs) seront chassés par les Anglais en 1917, l’hébreu deviendra la langue officielle du Foyer National juif, aux côtés de l’anglais et de l’arabe.

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