Chapitre 5 : Les années sombres

1918 | Bien que 120’000 juifs aient combattus durant la Ière guerre mondiale dans l’armée du Reich et que plus de 12’000 soient tombés sur le champ d’honneur ou d’horreur de la Grande Guerre, ils sont accusés d’être responsables de la défaite allemande. Ni plus ni moins.

1919 | On peut entendre les premières phrases racistes: Les Juifs sont notre malheur. La passion antisémite est mêlée à la débâcle politique de l’Allemagne et à l’inflation d’une nation sortant vaincue d’un conflit dévastateur. Quelqu’un doit porter la responsabilité: Les Juifs, ces « traitres. » 

1922 | Le plus influent politicien juif, ministre des affaires étrangères d’Allemagne, Walther Rathenau, est abattu par des membres du Junge Nationale Partei Deutschland. Des groupuscules extrémistes trouvent un large écho. Ces divers jeunes partis vont s’unir, changer de nom: Stosstrupp Hitler München et Nationalsozialistische deutsche Arbeiter Partei.

Malgré de forts signes d’alarme, de nombreux Juifs croient en une cohabitation pacifique avec le peuple allemand. La République de Weimar signifie un nouveau départ, une nouvelle Constitution, la bonne volonté des hommes va s’imposer, espère-ton.

Mein Kampf

1926 | Publication de l’œuvre d’Adolf Hitler, qui affiche sans ambiguïté les objectifs qu’il veut atteindre. Les Juifs y sont décrits comme des rats mangeant le pain des ariens et disséminant de graves maladies parmi la population allemande. Raten sind zum ausroten  Les rats sont à exterminer!

Personne ne l’a pris au sérieux. La classe politique ne se méfie pas de ce petit caporal hargneux. Il lui faudra seulement cinq années pour réaliser ses sinistres objectifs. Dans de nombreuses villes se développent des groupes paramilitaires qui se forment en troupes. Dans un premier temps, ils aident la police locale à sécuriser le peuple, ensuite ils se substituent aux forces de l’ordre.

1928 Les Nazis ne font que 2,8% des suffrages. Albert Einstein déclare; la maladie psychique des masses a gagné le pays.

1930 | Celui qui tue un Juif fait une bonne action! Et … à compter d’aujourd’hui, je crois que j’agis en accord avec le Tout-puissant en me défendant contre les Juifs, je combats pour l’œuvre du Seigneur. Ces phrases sont tirées des discours haineux d’Adolf Hitler, qui relève continuellement qu’il est pour la paix et la sécurité du peuple allemand.

1932 | Pour assurer la sécurité de l’Allemagne, Theodor Eicke est nommé Sturmbandführer. Il a l’ordre du Chancelier du Reich, de former une troupe spéciale de 17’000 jeunes spécialement sélectionnés. Ces soldats doivent renoncer à toute référence spirituelle, leur seule foi étant dans le Führer, à qui, ils jurent fidélité jusque dans la mort.

Pour accueillir les opposants au Führer, un centre de détention est construit à Dachau en Bavière. Les troupes spéciales commencent à terroriser la population allemande et à déporter ceux qui leur résistent.

1933 | En janvier de cette année, Hitler accède au pouvoir. Trois mois plus tard, soit le 1er avril 1933, la population allemande est invitée à boycotter les magasins juifs.

Lors d’une émission radiophonique, le pasteur et théologien, Dietrich Bonhoeffer dit: Ein Führer kann auch ein Verführer sein soit Un guide peut être un séducteur. Il rédige un livre en opposition aux thèses hitlériennes: L’église devant la question juive. L’église Protestante d’Allemagne Deutsche Christen invitent les protestants à participer à la grande heure qui vient de sonner, et reconnaitre dans le Führer, une mission divine confiée à l’église.

 L’église protestante d’Allemagne se divise

– Douze mille pasteurs demeurent les responsables de Deutsche Christen. Ils acceptent une soumission inconditionnelle aux thèses d’Adolf Hitler.

– Six mille pasteurs représentent les Eglises confessantes d’Allemagne, opposées à toute concession entre le pouvoir politique et religieux. Pour eux, Sola scriptura, seule l’Ecriture est l’autorité suprême. Les injonctions politiques et philosophiques des National Sozialisten Deutschlands ou des nazis, ne sont pas compatibles avec une lecture spirituelle et morale de la Bible. En juillet, ces pasteurs sont biffés de la fonction publique, ce qui signifie qu’ils ne reçoivent plus de salaire et perdent leur habitation, l’appartement de fonction.

Des intellectuels allemands et certains professeurs d’université disparaissent. Plusieurs sont retrouvés assassinés. Sans nouvelle de plusieurs amis, sa maison pillée par les nazis, Albert Einstein décide de fuir l’Allemagne. Après quelques mois en Belgique, il s’embarque pour l’Amérique.

La nuit des Longs Couteaux

1934 | Diverses personnalités dirigent les partis du Bundestag. Plusieurs partis ont des milices armées. Celles-ci éliminent les perturbateurs sans le moindre scrupule. Dans la nuit du 29 juin 1934, la terrible nuit des Long Couteaux, Hitler attaque ses alliés et amis politiques, le général Rhöm et plusieurs centaines d’autres personnalités, pour les exécuter. Deux mois plus tard, le maréchal von Hindenbourg meurt. Adolf Hitler et ses Kamaraden prennent tous les postes importants du pouvoir. La dictature est installée.

Proche-Orient

Le port de Haïfa est inauguré. Il permet à de nombreux navires d’accoster. Une longue jetée divise la rade, ce qui protège les bateaux des vents et des vagues.

Grâce à de nouvelles routes de meilleure qualité, les transports routiers se développent. Six sociétés s’unissent pour offrir au public une desserte régionale de qualité, Egged est inauguré.

  Israël inaugure l’Institut Weizmann à Rehovot, nouveau centre international d’enseignement, de recherche, de développement de l’irrigation et de l’agriculture.

Sur le mont Scopus à Jérusalem, inauguration du centre de recherche médical et hôpital Hadassah.

1935 | L’organisation égyptienne des Frères musulmans, par son fondateur Saïd Ramadan, entre en contact avec Amin al-Husseini, le grand mufti de Jérusalem. Ensemble, ils organisent l’insurrection arabe de Palestine! Celle-ci s’oppose essentiellement à l’immigration des Juifs. Ils remettent en cause la déclaration Balfour.

Allemagne

Relevons l’attitude courageuse du théologien bâlois Karl Barth: auteur du texte fondamental d’opposition chrétienne à l’idéologie nazie, il est destitué de sa chaire à l’université de Bonn et expulsé d’Allemagne pour son refus de prêter serment au Führer.

Insatisfaits de contrôler les rues et les places publiques, les Nazis s’invitent dans les chambres à coucher: Interdiction d’avoir des relations sexuelles avec un Juif ou une Juive.

1936 | Sur tout le territoire allemand, l’étoile jaune est instaurée par un décret signé par Reinhard Heydrich. Tous les Juifs doivent la porter dès qu’ils sortent en public.

Les troupes spéciales SS emprisonnent et déportent. Cinq nouveaux camps de détention sont construits: Mauthausen, Sachsenhausen, Buchenwald, Flossenburg (1938) et Ravensbrug (1939). Les premières victimes du nazisme sont allemandes! Des estimations font état de milliers d’Allemands déportés.

L’édition du 15 novembre de Kommende Kirche, journal de l’église catholique, stipule: Dieu a envoyé Hitler au secours du peuple allemand. Il est le porte-parole de Dieu. Aider Hitler dans sa tâche, c’est servir Dieu, saboter son travail, c’est serivr le diable. Évêque de Brême, Heinz Weidemann,

Proche-Orient

Des troubles entre Arabes et Juifs éclatent. Des questions d’ordre religieux et en relation avec les lieux saints et leur exploitation sont la cause des frictions. Mais l’immigration massive est aussi un sujet de mésentente. Pour maintenir l’ordre, l’Angleterre envoie 20’000 soldats en Palestine.

Les Anglais, puissance mandataire en Palestine, détiennent le pouvoir au Proche-Orient. Sous la pression des nations arabes, ils éditent le Livre blanc qui limite l’immigration juive. Alors qu’ils sont toujours plus persécutés en Allemagne, qu’ils sentent la tenaille les enserrer, les Juifs ne peuvent plus partir vers la Terre Promise.

Près de Lydda, un ensemble de pistes de 800 m. de long est inauguré. Il manque la tour de contrôle et les hangars. Mais l’aéroport de Lod est capable d’accueillir des avions de transport DC 4.

Plus la tension monte et les persécutions augmentent en Europe, plus les immigrants sont nombreux. Des milliers de jeunes vont marcher clandestinement à travers l’Europe pour atteindre la Méditerranée. Là, ils embarquent sur des bateaux d’immigration illégale. Les Britanniques tentent de freiner l’arrivée du flux de réfugiés.

La persécution juive

1937 | Début de la concentration des Juifs dans des ghettos.

71 000 handicapés ou personnes psychiquement faibles de nationalité allemandes sont éliminées. Elles sont indignes de la forte, puissante et saine race arienne! Ce sont des parasites, comme les Juifs.

Pour les citoyens qui commencent à percevoir la réalité de la situation, il est trop tard pour s’opposer au régime de terreur des nazis. Ces derniers ont pris le pouvoir, imposent leurs idées aux Juifs comme à toute la population allemande. Le texte du pasteur allemand Martin Niemöller, en dit long:

Le silence des pantoufles est plus dangereux que le bruit des bottes!

Quand ils sont venus chercher les communistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas communiste.

Quand ils sont venus chercher les Juifs, je n’ai rien dit, car je n’étais pas juif.

Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n’ai rien dit, car je n’étais pas syndicaliste.

Quand ils sont venus chercher les sociaux-démocrates, je n’ai rien dit, car je n’étais pas social-démocrate.

Quand ils sont venus me chercher, il ne restait personne pour protester (emprisonné en 1937 à Sachsenhausen).

La judéophobie se développe dans le monde arabe. L’Irak interdit à ses ressortissants juifs de travailler dans les ministères et les banques. Dans la foulée, paradoxe total, Bagdad interdit aux Juifs de quitter le pays. Les relations avec la Palestine et l’enseignement de l’hébreu sont interdits. De nombreux dignitaires nazis visitent le Liban, l’Egypte, l’Iran, l’Irak et Jérusalem.45

1938 | La haine des juifs empire dans le monde musulman. Tout musulman qui enfonce un couteau dans les entrailles d’un Juif s’assure une place au paradis.46 Ces appels à la violence font plus de 120 morts dans diverses capitales du Proche et Moyen Orient, dont Beyrouth, Aden, Bagdad et Damas.

Les tensions se font aussi sentir dans les relations judéo-palestiniennes en terre de Canaan. Beaucoup d’Arabes interdisent à leur enfant de suivre les enseignements dans les centres de formation tenus par les juifs.

Conférence d’Evian

La conférence internationale d’Évian sur les Juifs du 6 au 14 juillet 1938, est proposée par le président américain Franklin D. Roosevelt en vue de secourir les Juifs que les Allemands persécutent. Celle-ci se réunit à huis clos à l’Hôtel Royal d’Évian, au bord du lac Léman. 32 pays sont présents pour affirmer leur refus d’ouvrir leurs ports aux Juifs allemands, qualifiés par euphémisme de réfugiés. Le délégué australien dit: Dans les circonstances présentes, l’Australie ne peut faire plus… Nous n’avons pas de problème racial notable et nous ne voulons pas en importer un.

La presse allemande rend compte de la conférence: Juifs à vendre; même à bas prix, personne n’en veut. Hitler, aurait déclaré: C’était honteux de voir les démocraties dégouliner de pitié pour le peuple juif et rester de marbre quand il s’agit vraiment de les aider.47

La nuit de Cristal

La nuit du 9 novembre 1938, les magasins et tout ce qui appartient aux Juifs peuvent être pillés, toutes les vitrines brisées, d’où le nom Nuit de cristal. Aucun agent de police ou de sécurité n’intervient. Des centaines de synagogues brûlent, 7500 magasins sont dévastés, une centaine de Juifs trouvent la mort, les viols ne sont pas répertoriés, mais 30’000 juifs sont arrêtés, condamnés, maltraités, torturés avant d’être relâchés.

L’objectif poursuivi par les organisateurs de la nuit de Cristal, était une démonstration des forces SS, prouvant leur aptitude à agir ou non, simultanément dans toute l’Allemagne. Ils sont les meneurs, les maîtres du pays.

L’absence de réaction des Gouvernements européens était une preuve que les amis avaient disparus. Désormais il faut sauver sa peau. Des milliers de Juifs fuient en laissant tout derrière eux. Immédiatement, les nazis s’approprient les bâtiments et les appartements. Certains fuyards rejoignent la frontière Suisse par l’Autriche. S’ils n’ont pas de la famille pour les accueillir, les fugitifs arrêtés sont refoulés du territoire helvétique vers la frontière. Un officier suisse permet à environ 3600 d’entrer dans le pays. Dénoncé, le Capitaine Paul Grüninger sera dégradé, jugé et licencié. Il affirmera: J’ai fait ce que ma conscience me demandait d’accomplir.48 Grâce à son courage civique, ce Juste a permis que de nombreuses vies ne s’achèvent pas dans l’un ou l’autre camp nazi. Arrêté, Paul Grüninger ne retrouvera pas d’emploi intéressant. Décédé en 1972, il ne sera réhabilité au titre de Juste qu’en 1995.

Egypte

1939 | En août, le cabinet du président égyptien Ali Maher compte des ministres germanophiles pronazis et des Frères musulmans. Divers mouvements de jeunesse, telles les chemises bleues, armée territoriale royaliste, ou les milices religieuses des Frères musulmans, entretiennent dans les villes arabes une atmosphère d’émeutes. Ils lancent des explosifs dans les synagogues, pillent et massacrent, incendient des magasins, voire ligotent des Juifs pour les jeter sous les tramways. Leurs agissements tuent plus de 600 Juifs.49

Le dernier salut

Le paquebot Saint Louis, avec à son bord 940 Juifs, quitte officiellement Hambourg au mois de juillet pour la Terre Promise. Le refus d’accoster des Britanniques oblige le capitaine à modifier sa route. Il traverse l’Atlantique pour accoster à la Havane. Interdiction de débarquer! Même l’Amérique et le Canada refusent d’accueillir les fuyards en fermant leurs portes. Finalement, retour du bateau en Europe. Mis à part quelques rares passagers ayant fui la galère à la nage lors des escales, tous se retrouvent en Europe. A l’exception de six, ils finiront leurs jours dans les camps de la mort en Allemagne.

La guerre

Dès le début de l’invasion de la Pologne, le 1er septembre 1939, les escadrons de la mort nazis, les Einsatzgruppen, massacrent les Juifs par centaines de milliers. Pour éviter de gaspiller les munitions nécessaires au combat, les nazis ont réalisé des autocars qui libèrent les gaz d’échappement dans l’habitacle réservé au transport des personnes. Le long du trajet, les portes fermées, les fenêtres blindées, les voyageurs obligés, suffoquent par absorption de monoxyde de carbone. Les cadavres sont déchargés le long de la route.

Dès l’invasion de l’Union soviétique, la technique d’extermination doit augmenter son efficacité. Dans les grandes villes, la population est rassemblée pour recevoir des bons de nourriture. Les noms à consonance juive sont invités à se joindre au groupe de gauche. Ils reçoivent pioches et pelles pour un travail d’intérêt général. Pendant les travaux d’excavation, les Einsatzgruppen violent les filles et les femmes qui subissent de nombreuses passes avant d’aller mourir. La fosse suffisamment creusée, les innocentes victimes s’alignent pour être fusillés et leurs corps tombent dans le trou.

La Shoah

1940 | La Waffen SS au complet compte 17’000 jeunes ayant juré fidélité au Führer. Armés de fusils, de mitraillettes et de revolvers, ils vont traquer et tuer les Juifs. Durant trois ans et demi, jour et nuit, ils n’auront d’autre tâche que de les exterminer. L’objectif de la solution finale (Endlösung der Juden Frage) d’Hitler et de ses officiers, est d’éradiquer les Juifs non seulement d’Allemagne, mais de tous les pays conquis. Une vaste organisation administrative est mise en place. Des ghettos sont réalisés, des camps de concentration, des camps d’exterminations avec leurs fours crématoires, des transports organisés, avec pour objectif final, d’exterminer un peuple: tous les JUIFS. Cette opération a pris le nom de Shoah (en hébreu: catastrophe).

Elément très troublant, 7300 volontaires français forment la Brigade d’infanterie SS Charlemagne, et sont dirigés par des officiers issus de l’école militaire française de St-Cyr. Fruit du honteux armistice du gouvernement de Vichy avec l’Allemagne nazie.

L’infâme marchandage

Avec les Juifs, on doit faire de l’argent pour le Reich. C’est l’idée d’un officier supérieur, qui appelle le président des communautés juives de Berlin. Il lui propose, pour une certaine somme d’argent, d’autoriser des Juifs à partir librement pour la Palestine! Tout d’abord choqué, le Grand Rabbin hésite et demande quels Juifs? Ceux que vous choisirez lui répond son interlocuteur. Vu la situation désastreuse, il décide que la communauté va payer pour que les jeunes puissent partir. Ainsi ont été sauvés environ 1500 jeunes, qui ont embarqué à Vienne sur deux bateaux en partance pour Eretz Israël via la mer Noire, et ils sont arrivé à destination.

Le Grand Mufti de Jérusalem chez Hitler

A plusieurs occasions, le Grand Mufti de Jérusalem s’est déplacé en Allemagne pour rencontrer le Führer. Ce dernier l’a équipé d’armes, mais surtout de puissantes radios. La légion du Mufti faisait surtout des opérations de sabotage et beaucoup d’espionnage. Le Grand Mufti voulait s’offrir des troupes appelées Die Arabische Wehrmacht. Mais l’Allemagne avait essentiellement besoin de connaître les faits et déplacements des troupes britanniques en Egypte et en Irak.

On estime à environ 24’000 soldats et officiers la légion musulmane nazie. La division Handschar comptait 20’693 hommes et la section de montagne Kama 3400 hommes. Elles ont combattu dans les Balkans, en Grèce, en Turquie et dans l’Oural.

Afin de renforcer le front de l’Est, 1’400’000 volontaires Iraniens, Irakiens, Syriens rejoignent l’armée allemande.

1941 | Dans un faubourg de Kiev, du 29 au 31 septembre 1941 plus de 33’000 Juifs furent assassinés. Le massacre de Babi Yar fut une infamie. Caméraman de l’armée allemande, l’officier Willy Wolf s’insurge contre la bestialité de ses concitoyens qui agissent comme s’ils n’avaient pas de femmes, ni de sœurs. Il est dégradé, emprisonné et renvoyé en Allemagne. Condamné, il attend d’être fusillé par un peloton d’exécution. Lors d’un bombardement des forces alliées, une bombe ouvre une brèche dans sa cellule lui permettant la fuite. Selon son témoignage il dit: Dieu dirige même les bombes.

Malgré le pesant secret imposé par les Allemands autour de la solution finale, les informations circulent dans cette Europe occupée, notamment grâce aux diplomates suisses. Le consul général de Berne à Cologne, Franz Rudolf von Weiss, fut par exemple un des premiers, avec René de Weck, diplomate Suisse à Bucarest, à tirer la sonnette d’alarme: Le traitement qui est réservé aux Juifs de l’Est dépasse toutes descriptions.50

1942 | C’est l’année du grand massacre qui verra plusieurs millions de Juifs disparaître dans les flammes de la catastrophe, la Shoah.

Les nazis pensaient avoir bien gardé le secret autour de leur solution finale à la question juive. A la fin juillet 1942, alors que les chambres à gaz des camps d’extermination tournent à plein régime en Pologne, la terrible information est divulguée par l’industriel allemand Eduard Schulte.

Gerhart Riegner, représentant du Congrès juif mondial en Suisse, l’apprend à son tour le 1er Août 1942, un jour avant qu’il n’envoie son célèbre télégramme au Congrès juif mondial à New York ainsi qu’aux consulats américain et anglais à Genève. Il y explique que les nazis ont un plan pour exterminer d’un coup la totalité des trois à quatre millions de Juifs des pays occupés, après déportation et concentration à l’Est. Prévenus, les intéressés n’y croient pas! Deux ans plus tard, Rudolf Vrba, héros de Je me suis échappé d’Auschwitz avertit à nouveau avec véhémence, mais rencontrera généralement la même incrédulité. Néanmoins, on commence à être mis au courant de ce qui se passe, tout au moins les autorités. Le débat se poursuit encore aujourd’hui de savoir si vraiment tout le monde savait…

Telle une machine bien réfléchie, organisée, l’horreur de l’horreur fonctionne. Toutes les nuits, tous les jours, des trains transportent des hommes, des femmes et des enfants vers des camps de la mort, pour que des hommes les exploitent, en abusent et les tuent. 51

Le silence de Rome

1943 | Ils résistent avec conviction aux ordres inhumains des nazis, accueillent, soignent et sauvent des compatriotes juifs. Ayant agi en conformité avec leur croyance, ils se sont opposés à la dictature brune. Plus de deux mille prêtres, curés et pasteurs vont payer au prix de leur vie l’obéissance à Dieu plutôt qu’aux hommes.52 En cette fin d’année 1942, prêtres, curés et paroissiens attendent une réaction courageuse et officielle de leur autorité spirituelle, une parole du pape condamnant les exactions allemandes. Pas un mot, pas une allusion, ni à Pâques, ni à Noël 1943. C’est la désillusion pour de nombreux fidèles.

Malgré la mollesse de l’église officielle, les croyants et les responsables spirituels locaux agissent souvent avec courage et dévouement, au prix de leur propre vie.53 La lâcheté papale et celle de toute la hiérarchie catholique, qui n’a jamais condamné les agissements nazis, est ressentie comme une trahison de l’essence de la foi, non seulement par les Juifs, mais aussi par les protestants, les évangéliques et de nombreux croyants catholiques!

Le Ghetto de Varsovie

Dès la conquête de la Pologne, les Allemands imposent aux Juifs de porter l’étoile jaune et d’habiter les rues juives du centre de Varsovie. En 1940, les Allemands désignent ce quartier comme zone d’épidémie et zone de contagion. Pour empêcher les contacts avec le reste de la population, le quartier est bouclé par 18 kilomètres de murs hauts de plusieurs mètres et de fil de fer barbelé. 440’000 Juifs vivent dans le ghetto en attente de déportation vers les Arbeitslager (camps de travail). Dès 1942, 6000 à 8000 Juifs quittent quotidiennement le ghetto pour les chambres à gaz.

Les jeunes refusent et organisent la résistance. Ils se soulèvent en janvier 1943. Hitler ordonne la destruction du ghetto. Les 1100 combattants juifs, âgés de 13 à 23 ans, vont résister quatre mois aux 2100 soldats bien armés de la Wehrmacht. 13’000 personnes trouvent la mort par la famine, dans les combats ou dans l’effondrement des bâtiments. Les chars blindés incendient et détruisent systématiquement une maison après l’autre. L’engagement des Juifs est exemplaire, surtout au sein d’une cruelle famine. Durant trois semaines, de l’eau et du sucre sera leur seule pitance. Tous refusent la déportation et préfèrent mourir dans la dignité. Le 16 mai 1943, les combats cessent, le ghetto est anéanti, le Reichsführer-SS Heinrich Himmler envoie au Führer Adolf Hitler un télégramme avec ces mots: Warschau ist judenrein Varsovie est nettoyée des Juifs.

La Suisse dans la tourmente

1944 | Le pays est entièrement cerné par les forces de l’axe. Les autorités suisses sont partagées sur la meilleure manière d’agir. Pour certains, accueillir les Juifs et les fuyards, c’est s’attirer les foudres d’Hitler, voire risquer une invasion allemande. D’autres estiment qu’il s’agit d’accueillir ces pauvres personnes affamées et souvent malades. De nombreux citoyens et citoyennes bravent les interdictions promulguées par les autorités, payant de leur personne, de leurs deniers et de leur temps dans un engagement exemplaire:

De 1939 à 1945,

295’381 personnes traverseront la frontière de la Suisse et y trouveront refuge.

– 103’869 internés, déserteurs, prisonniers de guerre et évadés.

– 55’018 réfugiés civils / dont 21’588 Juifs

– 9’909 émigrants / dont 6’654 Juifs

– 59’785 enfants étrangers

– 251 réfugiés politiques

– 66’549 frontaliers accueillis temporairement, le temps que la bataille s’achève.

Les uns, après avoir reçu les soins nécessaires, nourris et ayant repris des forces, quitteront le pays. Près de 28’000 Juifs trouveront accueil jusqu’à la fin des hostilités.54

Un diplomate suisse se distingue en sauvant 62’000 Juifs de l’extermination. L’ambassadeur à Budapest, Carl Lutz, donne des laissez-passer suisses, ce qui sauve de nombreuses personnes des camps d’extermination. Avec de simples autorisations et le courage d’affronter les officiers SS, dont Adolf Eichmann en personne, Carl Lutz s’est engagé pour que des vies soient sauvées. Quel exemple! De son vivant, cet ambassadeur de la Suisse n’a jamais reçu les honneurs qu’il méritait.

La Suisse est accusée d’avoir lavé l’or sale des victimes du nazisme. La Banque de Rendement Internationale BRI est située à Bâle. C’est elle qui traite les transactions entre banques centrales. La BRI par son directeur Mc Kittrick est l’interlocuteur financier entre la Reichsbank de Berlin et les autres instituts financiers internationaux. C’est la BRI qui organise les transports de l’or. …Ces transferts ont été réglés en or pillé. Ils permettaient ensuite à la banque bâloise de créditer ses actionnaires d’un dividende en francs suisses réguliers et honnêtes. Une véritable opération de blanchiment d’or nazi.55 C’est le second de la Reichsbank, Emil Puhl, … qui a reçu l’or arraché aux victimes des camps de la mort, en a tenu la comptabilité sordide et l’a fondu en lingots mélangé à de l’or commercial.56

La fin des hostilités

1945 | Dans ses discours, le Führer Adolf Hitler, a toujours parlé de paix et dit agir pour la sécurité! Le 8 mai 1945, la Seconde Guerre Mondiale est à son terme. Le résultat est une Allemagne transformée en un gigantesque champ de ruines, une Europe meurtrie et un monde en désolation.

Bilan

– 40 millions de civils sont décédés

– 20 millions de soldats sont morts.

– 15 millions de blessés.

– 2 à 3 millions d’orphelins

Victimes chrétiennes du nazisme 1933–1945

Figure protestante de la résistance à l’idéologie de la dictature allemande, Dietrich von Bonhoeffer sera exécuté le 9 avril 1945, pendu dans le camp de Flossenburg en Bavière. Hitler haïssait les Juifs, mais tout autant les chrétiens, et ces derniers ont aussi payé un lourd tribut, comme victimes du nazisme.

Martin Niemöller, survivra à sept années en camp! Sa phrase, Le silence des pantoufles est plus dangereux que le bruit des bottes, a fait le tour du monde. Plus de 140 pasteurs sont morts dans l’indifférence et la solitude. Mais tous sont restés fidèles à leur conviction spirituelle, ne craignant pas celui qui tue le corps.

Quelques autres martyrs de l’Eglise Confessante Allemande

– Hans von Dohnányi, né en 1902 à Vienne et exécuté le 8 ou le 9 avril 1945 au camp de concentration de Sachsenhausen

– Carl Goerdeler, né en 1884, exécuté le 2 février 1945 à la prison de Plötzensee,

– Paul Schneider, né en1897, mort le 18 juillet 1939 à Buchenwald.

Clergé catholique

– Erich Klausener, Düsseldorf 25 janvier 1885 – Berlin 30 juin 1934

– Le Père Kolbe, décédé le 14 août 1941, à Auschwitz. Il avait pris la place d’un autre condamné à mort, père de famille.

– Mgr Gabriel Piguet, né en 1887 à Mâcon, mort le 3 juillet 1952 à Clermont-Ferrand, était évêque de Clermont-Ferrand. Emprisonné au Strutthof et à Dachau. Il a reçu la médaille des Justes parmi les nations de Yad Vashem, le 22 juin 2001.

– Bernhard Lichtenberg, né en 1875, prélat de Berlin, mort le 5 novembre 1943, dans des conditions non élucidées.

– Clemens August von Galen, 1878 est mort le 22 mars 1946 à Münster.

Et plusieurs milliers d’inconnus et d’inconnues évangéliques fidèles à leur Dieu. Tous ont aidé des Juifs, des orphelins, des personnes dans la détresse. D’une manière ou d’une autre, tous se sont opposés à la dictature de la haine nazie.

Les survivants

Le spectacle des camps de concentration qui s’offre aux soldats des troupes libératrices ne laisse pas indifférent. Certains soldats s’évanouissent devant l’horreur de tas de corps, prisonniers rapidement exécutés par les gardiens avant de fuir. Amas de chair humaine sous lesquels des survivants appellent à l’aide. Des milliers de personnes squelettiques mais vivantes, malades et affamées hantent les lieux. Un centre de commandement allié recevra de l’officier ayant découvert le camp de déportation de Buchenwald ce message: Il n’existe pas de mots pour décrire l’horreur que mon unité vient de découvrir. 

Bilan des morts en camps de concentration

5’913’300Juifs, dont 1,5 millions de jeunes de moins de 16 ans,
1’745’000 prisonniers politiques, prisonniers soviétiques, terroristes, opposants, saboteurs, aviateurs.
470’000gitans,
255’000 travailleurs forcés de divers pays
71’000 handicapés
16’000  cas psychiatriques et homosexuels
3’000évangéliques, étudiants de la Bible, témoins de Jéhova
2’300pasteurs et membres issus du protestantisme
1’900 membres du clergé catholique
8’477’500trouvèrent la mort dans les divers camps + tous les inconnus.

Les 433’000 Juifs survivants, malades et amaigris, nécessitent immédiatement d’importants soins. 80’000 vont mourir des suites de la déportation, car trop faibles et trop malades, l’aide arrivant trop tard. Les médecins des forces alliées, la Croix Rouge de Genève et son organisation avec des milliers d’infirmières, d’infirmiers, de médecins, d’éducateurs volontaires engagés et dévoués réalisent une prise en charge exemplaire de ces traumatisés des camps.57

Le retour

A peine remis debout, les Displaced Persons (survivants de la Shoah) se posent la question: où aller? Nombreux sont les Juifs qui retournent à leur lieu de vie, là où ils avaient grandi et vivaient avant l’arrestation et la déportation. Quoi de plus normal! Ils espèrent y rencontrer un autre membre survivant de la famille ou des amis. C’est la désillusion!

Si la maison n’a pas été détruite par les bombardements ou les combats, elle est occupée par d’autres familles. Un quart de siècle d’antisémitisme ne s’efface pas du jour au lendemain. Même des voisins, reconnaissant l’un ou l’autre Juif, les chassent. Il ne faut pas que ces rats reviennent dans la population germanique.

Discuter est impossible. Ceux qui s’adressent à l’autorité de leur cité sont déboutés, car ils n’ont aucun papier formel pour prouver leurs paroles. Le secrétaire communal était nazi, il ne peut plus l’être extérieurement, mais intérieurement rien n’a changé. Idem pour les autorités judiciaires. On ne peut effacer deux décennies de racisme primaire contre les Juifs en quelques mois. Il faudra des dizaines d’années d’éducation pour que l’antisémitisme disparaisse, ou tout au moins diminue.

Les pires rumeurs circulent. Pour survivre, les Juifs boivent le sang des enfants. Une hérésie antisémite qui a traversé les siècles, alors que la Torah donnée par Moïse il y a 3500 ans, interdit de consommer le sang! En juillet 1946 à Kielce, 42 Juifs libérés d’un camp d’extermination, seront massacrés pour cette raison.

Pour des dizaines de milliers de Juifs, après avoir survécu à l’horreur des camps, c’est la fin de l’illusion d’un retour à la vie d’antan. Sans papiers, sans preuve, ils ne peuvent faire valoir leurs droits, leur héritage est ignoré. Ils vivent dans l’impossibilité que quelqu’un leur fasse justice. Vivants mais affamés, pauvres, sans dignité, sans droit et apatrides: c’est l’épouvantable seconde mort des déportés! 

Cette même année, Saïd Ramadan crée la branche armée arabe du mouvement des Frères musulmans de Palestine, ayant l’objectif de combattre les sionistes et d’empêcher l’immigration juive.

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